Reconfinement : pourquoi les libraires ne veulent pas fermer boutique ?

Communiqué du Syndicat de la librairie française (SLF) en date du mercredi 28 octobre et demandant que le livre soit considéré comme essentiel afin d’éviter aux librairies de baisser leur rideau…

« La lecture de livres est une activité essentielle à nos vies citoyennes et individuelles.
 
L’extraordinaire appétit de lectures chez les Français, jeunes ou adultes, s’est à nouveau confirmé ces derniers mois ; les livres assouvissent notre besoin de compréhension, de réflexion, d’évasion, de distraction, mais aussi de partage et de communication, y compris dans l’isolement.
 
Le premier confinement n’avait pas permis hélas de maintenir les librairies ouvertes, blessant au cœur toute la filière du livre ; les professionnels n’y étaient pas préparés. Mais depuis, les librairies de proximité, qui maillent tout notre territoire, se sont organisées et équipées. Elles peuvent être parfaitement en mesure d’accueillir les lecteurs dans la perspective d’un nouveau confinement, dans des conditions sanitaires sûres et éprouvées.
 
Le « click and collect » est indispensable et d’ores et déjà en place dans un très grand nombre de points de vente. Mais il ne saurait combler toutes les attentes des lecteurs, notamment dans les deux mois précédant les fêtes de fin d’année où plus d’un quart des livres sont achetés. Les livres sont, depuis plusieurs années, le cadeau le plus offert par les Français. Comment y renoncer ? 
 
Aussi, auteurs, illustrateurs, éditeurs et libraires lancent un appel solennel, solidaire et responsable, au gouvernement : laissez nos librairies ouvertes pour que le confinement social ne soit pas aussi un isolement culturel. Nos lecteurs, attachés à la librairie indépendante, ne le comprendraient pas et le vivraient comme une injustice.

Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités culturelles et sanitaires.« 

Syndicat de la librairie française (SLF)
Syndicat national de l’édition (SLF)
Conseil permanent des écrivains (CPE)


Deuxième communiqué du SLF le jeudi 29 octobre demandant l’ouverture des librairies…


Le Chef de l’Etat et le gouvernement doivent faire le choix de la culture en rouvrant les librairies !

A l’heure où les salles de spectacle, les musées, les centres d’art et les cinémas vont être malheureusement contraints de nouveau à la fermeture, l’ouverture des librairies permettrait de maintenir un accès à la lecture et à la culture dans des conditions sanitaires sécurisées.

En mars dernier, l’absence de masques, de gel, de protocole sanitaire ou encore d’habitudes de comportement face à ce virus ne permettaient pas d’accueillir le public en librairie en toute sécurité. La situation n’ayant rien de comparable aujourd’hui, nous avons la possibilité, grâce à la lecture, de garder l’esprit et les yeux ouverts alors que nous allons devoir nous fermer aux autres.

Le retour massif des lecteurs en librairie à l’issue du premier confinement a illustré cette soif de lecture et cette volonté de défendre nos lieux de vie et de culture au cœur des villes. Sachons l’entendre.

Sachons également mesurer l’impact de la fermeture des librairies à quelques jours de l’attribution des grands prix d’automne. A ce titre, nous remercions chaleureusement l’Académie Goncourt pour son choix de reporter la remise du prix en attendant la réouverture des librairies. C’est un choix fort et symbolique. Nous demandons aux jurys des autres grands prix de prendre la même décision.

Enfin, comme au printemps, la fermeture des librairies est, à quelques semaines de Noël, un incroyable cadeau offert à Amazon. Tout le monde connaît maintenant les pratiques de prédation de cette multinationale sur le plan fiscal, social, économique, environnemental ou culturel. Amazon peut-il continuer de vendre des livres quand les librairies sont à l’arrêt ?
 Le choix de la culture et le choix citoyen c’est celui des librairies.

Troisième communiqué du SLF le vendredi 30 octobre après une première réunion avec les ministres concernés et des représentants de la grande distribution.

Les rayons « livre » des FNAC et de la grande distribution fermeront dès demain
 
A la demande du Syndicat de la librairie française, les ministres de l’Economie, Bruno le Maire, et de la Culture, Roselyne Bachelot, ont décidé, à l’issue d’une réunion associant, outre le SLF, la FNAC, le Syndicat national de l’édition, le SDLC et les enseignes de la grande distribution (Système U, Carrefour, Leclerc, Auchan Casino…) la fermeture des rayons « livre » dans les magasins de ces enseignes.
 
Cette décision s’appliquera à partir de demain matin, samedi 31 octobre. Elle vise à rétablir une situation de concurrence plus équitable entre les librairies et les enseignes.
 
Le SLF a apporté son appui à cette solution en soulignant néanmoins deux points : la fermeture des rayons livre de l’ensemble des magasins physiques, si elle rétablit partiellement la concurrence, offre « un boulevard » à Amazon au détriment du commerce physique et ne résout donc qu’une partie du problème ;  le rétablissement d’une concurrence véritablement équitable ne peut passer que par la réouverture des librairies. Bruno le Maire et Roselyne Bachelot, favorables à titre personnel à cette réouverture, se sont engagés à travailler avec le SLF sur les conditions sanitaires qui permettraient d’examiner la faisabilité d’une telle réouverture dans quinze jours. Dans cette période cruciale pour tous, ce serait une bonne nouvelle pour les libraires mais également pour l’ensemble de la filière, à commencer par les auteurs et les éditeurs.
Les deux ministres se sont par ailleurs engagés à réexaminer, dès la semaine prochaine, la question d’un tarif postal privilégié pour les expéditions de livres* réalisés par les libraires, le SLF ayant rappelé que, sur ce point également, la concurrence avec Amazon qui facture à perte les frais de port était totalement faussée.
* Mis en gras par nous !

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